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LES MISÉRABLES ET L'ARGENT
27
L'ANALYSE MONETAIRE DES MISERABLES DE VICTOR HUGO
OU L’ARGENT DANS LES ANNEES 1820-1832
Les informations à caractère monétaire extraites de l’œuvre de Victor Hugo  permettent d’avoir une idée assez précise des aspects financiers de la vie de la première moitié du XIXème siècle.
par Yves BRUGIERE
Vice-Président du Cercle numismatique de Nice
(retrouvez le texte intégral illustré de cet article dans les Annales 2002 du Cercle numismatique de Nice)
I - LES ASPECTS MONETAIRES DE LA VIE QUOTIDIENNE  AU TEMPS DES MISERABLES

L’œuvre Les Misérables nous rappelle que l’homme doit constamment s’adapter aux évolutions monétaires et a souvent un temps de retard dû aux habitudes du passé. L’emploi d’appellations monétaires désuètes le prouve. Le roman reflète les difficultés d'adaptation au système décimal issu de la Révolution.

A / Les appellations monétaires

Le sou
Le sou est l’un des mots majeurs des Misérables. Il est à lui seul le synonyme de la misère. En voyant Jean Valjean, la mère Thénardier lance : « Qu’est-ce que c’est que cet homme là ? ça n’a pas le sou pour souper ». Le terme de sou finit par contenir des accents pathétiques : «Une vieille femme enseigna à Fantine l’art de vivre dans la misère ; on ne sait pas tout ce que certains êtres faibles savent tirer d’un sou ». Les pauvres sont sans le sou. Le sou est l’aumône de base, le remède contre la mort imminente: « Bonjour bonhomme, dit résolument Jean Valjean (à Javert déguisé en mendiant) en lui donnant un sou ». 

Pourtant, cette dénomination est désuète en 1832. Le système monétaire décimal issu de la révolution française a en effet abandonné les sols au profit du centime et du franc. En pratique, après l’avatar de la cinq centimes au petit module qui n’a pas dû connaître un grand succès, les sols de cuivre pur de Louis XVI, qui pesaient 12 grammes et valaient 12 deniers tournois, ont été remplacés par la pièce de cinq centimes au grand module, d’un poids de 10 grammes gravée par Dupré. Celle-ci, a été émise à 140 millions d’exemplaires de l’an 5 à l’an 9,. Ces monnaies n’ont plus eu de successeur jusqu’à la cinq centimes Napoléon III de 1852. Il en est de même pour la pièce de un décime.
Le public a continué a appeler ces pièces des sous, ce terme désignant ainsi une pièce de cinq centimes. Ces pièces ayant circulé jusqu’en 1856 étaient quotidiennement maniées par le public. On les retrouve aujourd’hui dans des états d’usure extrême.

Le terme de sou est également l’unité de compte des petites transactions. Les petites gens se sont habitués à compter jusqu’à cent à partir de cet étalon qu’ils connaissent bien depuis les sols de l’ancien régime.

 La pièce de un franc est ainsi une pièce de vingt sous. Après que la mère Thénardier se soit aperçue que Cosette avait perdu la pièce de quinze sous, Jean Valjean feint de découvrir la pièce sous la table : « Voici, reprit-il en se relevant. Et il tendit une pièce d’argent à la Thénardier. Oui, c’est cela dit-elle. Ce  n’était pas cela car c’était une pièce de vingt sous ».

La pièce de quinze sous est la pièce de quinze sols Constitution à l’effigie de Louis XVI frappée en 1791 et 1792. Cette pièce est signalée à deux reprises: « elle fouilla dans un tiroir où il y avait des sous, du poivre et des échalotes. Tiens, Mamzelle Crapaud, ajouta-t-elle en revenant, tu prendras un gros pain chez le boulanger: voilà une pièce quinze sous ». Puis lorsque Cosette se penche pour puiser l’eau: « la pièce de quinze sous tomba dans l’eau. Cosette ne la vit ni ne l’entendit tomber ». Cette pièce nous rappelle que les espèces anciennes côtoyaient les espèces nouvelles tout au long de la période 1800-1860.

La pièce en argent appartenant au petit savoyard sur laquelle Jean Valjean pose son godillot est appelée pièce de quarante sous. Il n’existe aucune pièce d’une telle valeur nominale mais cette expression désigne évidemment une pièce de deux francs en argent.
De même, la pièce de cinq francs en argent est une pièce de cent sous. Jondrette-Thénardier dit à sa femme : « tu ne vas pas dépenser la pièce cent sous ?». Jean Valjean à Gavroche : « il lui mit la pièce de cent sous dans la main »

Il y a les sous et les gros sous. Le terme de gros sou désigne en ce cas une pièce de dimension importante. La pièce de cinq francs est un gros sou, ainsi que le lecteur le constate lorsque Jean Valjean en donne une à Gavroche : « Gavroche leva le nez, étonné de la grandeur de ce gros sou. Il le regarda dans l’obscurité et la blancheur du gros sou l’éblouit ».

Le terme de gros sou peut désigner également des pièces de un ou deux décimes, ainsi que nous le révèle l’inventaire du porte-monnaie de Jean Valjean effectué par Thénardier : « Il n’avait que quelque monnaie dans le gilet de son gousset . Cela se montait à une trentaine de francs. Il retourna sa poche, toute trempée de fange et étala sur la banquette du radier un louis d’or, deux pièces de cinq francs et cinq ou six gros sous. Tu l’as tué pour pas cher dit Thénardier. Il hésita un peu devant les gros sous. Réflexion faite, il les prit aussi en grommelant ».

Le sou est l’aune de base des dépenses quotidiennes. Au-dela de cent sous, on compte en livres ou en francs. Le passage de Jean Valjean à l’auberge Thénardier nous le révèle. A son arrivée, il demande une chambre à la mère Thénardier. Le dialogue est le suivant : « Ah çà brave homme, je suis bien fâchée mais je n’ai plus de place. Jean Valjean: Mettez-moi où vous voudrez, au grenier, à l’écurie ! Je payerai comme si j’avais une chambre. La Thénardier : Quarante sous ! Jean Valjean : Quarante sous, soit. La Thénardier : A la bonne heure ! Quarante sous ? dit un roulier bas à la Thénardier, mais ce n’est que vingt sous. C’est quarante sous pour lui ! répliqua la Thénardier. Je ne loge pas des pauvres à moins. C’est vrai, ajouta le mari avec douceur, ça gâte une maison d’y avoir ce monde là ». Au départ de Jean Valjean, et après avoir constaté sa bonne situation de fortune, l’addition sera décomptée en francs. Il lui en sera réclamé vingt trois, et non quatre cent soixante sous. 
La pièce de quarante sous
Pièce de 30 sols à l'effigie de Louis XVI
Cette échelle de valeurs, graduée en sous, révèle l’éventail monétaire couramment utilisé par les petites gens; de la pièce de un sou (cinq centimes) à celle de cent sous (cinq francs).

La livre
L’édit du 4 décembre 1719 avait créé une pièce d’argent fin, d’un poids officiel de 3.73 grammes dite « de la Compagnie des Indes ». Elle matérialisait ainsi dans une pièce spécifique une très ancienne unité de compte, la livre. En raison de difficultés techniques, notamment d’affinage, cette livre fut rapidement démonétisée et l’on fabriqua « le petit louis » en mars 1720, appelé 1/6ème d’écu de France, et ayant cours légal de trente sols tournois. Cette monnaie, d’un poids officiel de 4 grammes n’était émise qu’à 917 pour mille d’argent fin. En parallèle était émis un écu de six livres à 917°/°° au poids réduit à 24 grammes, contre les 30 grammes des écus antérieurs. La valeur de l’écu de six livres allait ensuite connaître d’importantes variations en raison des difficultés financières du régime et de la faillite du système de Law.

L’édit de Fontainebleau de 1726 avait fixé le système monétaire français basé sur l’étalon-livre en conférant au louis d’or une valeur de vingt livres et à l’écu d’argent une valeur de six livres. Dès 1726, l’on revint à l’écu de trente grammes à 917°/°° de fin  valant six livres, ce système étant maintenu tel quel jusqu’à Louis XVI. A la Révolution, la livre correspond donc à cinq grammes d’argent à 917 pour mille. Il en sera de même pour le futur franc germinal créé par la loi des 7 et 17 germinal an XI (1803), le titrage étant cependant réduit à 900 pour mille. Un franc équivaudra ainsi à une livre. La pièce de cinq francs, d’un poids de vingt-cinq grammes, équivaudra à cinq anciennes livres.

Ce rapport étant très commode, l’on comptera désormais en livres ou en francs, les deux notions étant devenues synonymes ainsi que nous le révèle ce passage des Misérables : « la sœur de Mgr Myriel touchait une rente viagère de cinq cent francs qui, au presbytère, suffisaient à sa dépense personnelle. Mgr Myriel recevait de l’Etat comme évêque un traitement de quinze mille francs. Monsieur l’évêque ne s’était réservé que mille livres. Avec ces quinze mille francs, ces deux vieilles femmes et ce vieillard vivaient ».

Les liards
Créé sous Louis XIV, et officiellement disparu en 1791, le liard désignait sous l’ancien régime, une monnaie en cuivre de trois grammes valant trois deniers tournois.Le terme de liard, utilisé par les personnages des Misérables, a cependant survécu à la Révolution et s’est sans doute reporté sur la pièce de cinq centime Dupré petit module frappée de l’an 4 à l’an 5 à treize millions d’exemplaires.

Le terme de demi-liard se trouve dans l’ouvrage. Le liard est sujet de calembours. L’un des coupe-jarrets de Patron-Minette, la pègre parisienne, s’appelle Demi-liard ou Deux-milliards. Ce terme s’appliquait probablement à la pièce de un centime Dupré en cuivre pesant deux grammes, frappée à cent millions d’exemplaires de l’an 6 à l’an 8, cette piécette ayant eu cours légal jusqu’en 1856.

Le liard réglait les plus petites dépenses : « les grosses maisons payaient un liard par seau d’eau à un bonhomme dont c’était l’état et qui gagnait à cette entreprise des eaux de Montfermeil environ huit sous par jour » ; « un oiseau vous mange un liard de millet tous les deux jours ».

Le liard intéresse les gamins des rues : « ils sont là, agenouillés autour d’un trou dans la terre, chassant des billes avec le pouce, se disputant des liards ».

Les écus
Les écus de six livres de Louis XVI, d’un poids de 30 grammes pour un titre de 917 pour mille d’argent fin ont été remplacés par la pièce de cinq francs en argent à compter de l’an XI d’un poids de 25 grammes à 900°/°°. L’appellation écu restera utilisée pour désigner ce type de pièces, bien que l’écu de France ne figure plus que sur les monnaies de Louis XVIII et Charles X. Le terme d’écu va désigner aussi bien la pièce de cinq francs que servir d’unité de compte, tel Thénardier s’adressant à Jean Valjean pour lui soutirer encore plus d’argent en le menaçant de reprendre Cosette: « Avez-vous votre portefeuille ? Je me contenterai de mille écus ».

Les pistoles
Le terme assez désuet de pistole, fréquent dans les comédies de Molière, est utilisé dans les Misérables. Après avoir chassé Marius, au motif qu’il s’était ouvertement déclaré bonapartiste et républicain, le grand-père Gillenormand ordonne à sa sœur : « Vous enverrez tous les mois soixante pistoles à ce buveur de sang et vous ne m’en parlerez jamais ». Plus tard, le vieil homme lancera à Marius, venu lui demander la main de Cosette : « Voilà deux cents pistoles. Amuse-toi, mordi !…Fais-en ta maîtresse ». Hugo utilise certainement ce terme pour accentuer l’image comique et surannée du vieux royaliste.

Selon certaines sources, la pistole désignait une pièce équivalant à l’écu[5]. Selon d’autres sources, la pistole était un terme utilisé sous l’ancien régime désignant une pièce ou une unité de compte de dix livres tournois[6].

Victor Hugo nous confirme cette dernière occurrence en décrivant l’attitude de Marius qui reçoit les soixante  pistoles : « Un matin, comme Marius revenait de l’école, il trouva une lettre de sa tante et les soixante pistoles, c’est à dire six cent francs en or, dans une boîte cachetée. Marius renvoya les trente louis à sa tante, avec une lettre respectueuse où il déclarait avoir des moyens d’existence et pouvoir désormais suffire à tous ses besoins. En ce moment là, il lui restait trois francs ».

Une pistole désignait bien une valeur de 10 francs et donc une unité de compte d’environ dix livres.

L’argot monétaire
L’argent a eu, de tout temps, mille appellations. Les Misérables nous en livrent de multiples exemples. Eponine, l’une des filles Thénardier, cherche à dissuader les coupe-jarrets, réunis devant la maison de la rue Plumet, de la dévaliser, en leur disant qu’elle ne contient pas de « biscuit ». Ceux-ci lui répondent : « Quand nous aurons retourné la maison, nous te dirons ce qu’il y a dedans et si ce sont des balles, des ronds ou des broques ». Les balles sont des francs, les ronds des sous et les broques des liards. Ces trois termes étaient, il y a peu, encore en usage.

On parle également pour la pièce de cinq francs en argent de monaque (« Jondrette lui remit cinq francs. Qu’est-ce, s’écria-t-elle ? c’est le monarque que le voisin a donné ce matin »), de tigre, ou on la compare à une roue arrière de véhicule (« Pardieu s’écria avec un gros rire un roulier qui écoutait. Cinq francs ! je crois, fichtre bien. Cinq balles ! Le roulier fut si ému qu’il laissa là son verre et accourut. C’est pourtant vrai cria-t-il en l’examinant. Une vraie roue de derrière ! et pas fausse ! »)
B / Monnaie divisionnaire et monnaie scripturale

Les pièces
Le porte-monnaie d’une personne aisée comprenait assez couramment une ou plusieurs pièces d’or en plus des pièces d’argent et de bronze. Lorsque Gavroche s’empare de la bourse que Jean Valjean a donnée au voyou Montparnasse, et la jette au malheureux père Babeuf, elle est ainsi décrite : « c’était une bourse à deux compartiments. Dans l’un, il y avait quelque monnaie. Dans l’autre, il y avait six napoléons ».  

La pièce centrale paraît être celle de 5 francs en argent, émise à 750 millions d’exemplaires de 1795 à 1848. On l’utilise en quantités importantes. On en fait des rouleaux de cent francs que l’on transporte. « Jean Valjean marcha droit à l’homme qu’il apercevait dans le jardin. Il avait pris à sa main le rouleau d’argent qui était dans la poche de son gilet…Cent francs à gagner si vous me donnez l’asile pour cette nuit ».

Il en est de même pour le père Mabeuf qui revient avec le produit de la vente de son livre unique: « il revint avec cent francs. Il posa la pile de pièces de cinq francs sur la table de nuit de la vieille servante ».

Cette utilisation massive de la pièce de cinq francs a sans doute été favorisée par l’absence de pièce intermédiaire entre la pièce de cinq francs argent et celle de vingt francs-or. Il faudra attendre 1850 pour voir apparaître une pièce de dix francs or et 1855 pour une cinq francs-or.

Le gousset de Javert, inspecteur de la police royale, contient quatre napoléons. Cela nous rappelle que les monnaies révolutionnaires, du Premier Empire et de la Restauration ont circulé de conserve jusqu’à ce que Napoléon III uniformise le contenu des porte-monnaie. Cette « cohabitation » n’aurait-t-elle pas contribué à entretenir une certaine agitation politique, les monnaies véhiculant et rappelant des messages politiques radicalement différents ? 

On utilise le prénom du roi ou de l’empereur, pour qualifier les monnaies d’or.  Les pièces d’or sont appelées indifférement louis, napoléon ou même philippe. Thénardier s’écrie, à propos des quatre pièces d’or que lui a remises Jean Valjean : « ces quatre méchants Philippe qu’il m’apporte; il n’a même pas eu le cœur d’aller jusqu’à cent francs ! ».

A propos de Louis-Philippe, on relève une anecdote amusante : le roi lui-même, aurait aidé un enfant qui charbonnait sa caricature, une poire géante sur un mur, à terminer son graffiti. L’œuvre achevée,  il l’aurait au surplus gratifié d’un louis en lui indiquant avec humour que la poire était aussi sur la pièce… Ce geste étonnant est-il réel ou s’agit-il d’une anecdote inventée par Hugo eu égard à ses relations privilégiées avec le souverain ? 

Des différences sont cependant relevées sur les effigies respectives des régnants: « Cosette avait couru à son sabot. Elle y avait trouvé la pièce d’or. Ce n’était pas un napoléon. C’était une de ces pièces toutes neuves de la restauration sur l’effigie desquelles la petite queue prussienne avait remplacé la couronne de lauriers ».

Les billets
Au cours de la première moitié du XIXème siècle, les particuliers commencent à utiliser des billets payables en espèces, à vue, au porteur, auprès de la Banque de France.

Dans les Misérables, les billets sont utilisés pour thésauriser des sommes très importantes. La dot de Cosette, composée des économies de Jean Valjean, sera composée de billets de banque : « Mademoiselle Euphrasie Fauchelevent (Cosette) a six cent mille francs. Jean Valjean ouvrit lui-même le paquet. C’était une liasse de billets de banque. On les feuilleta et on les compta. Il y avait cinq cent billets de mille francs, et cent soixante huit de cinq cents. En tout, 584.000 francs ».

Les billets sont d’un montant considérable comparés aux pièces, même d’or. Le plus petit billet, celui de cinq cents francs, représente l’équivalent de vingt-cinq pièces de vingt francs or. C’est avec des billets que Jean Valjean indemnise Thénardier des dépenses liées à l’entretien de Cosette : « L’étranger prit dans la poche de son côté un vieux portefeuille en cuir noir, l’ouvrit et en tira trois billets de banque (de cinq cent francs) qu’il posa sur la table ». 

Les billets ne sont pas monnaie courante, ainsi que le révèle la réaction de la logeuse de Jean Valjean qui l’observe furtivement tirer des billets de la doublure de son habit : « La vieille reconnut avec épouvante que c’était un billet de mille francs. C’était le second ou le troisième qu’elle voyait depuis qu’elle était au monde. Elle s’enfuit très effrayée ».

Effectivement, de tels billets devaient très peu circuler compte tenu de leur valeur énorme qui correspondrait à peu près de nos jours à des billets de 2.000 ou 4.000 euros (12.500 ou 25.000 francs) ! 

Le billet de 500 francs type « définitif » 1817 auquel il est probablement fait allusion par Hugo ne sera émis de 1817 à 1829 qu’à 263.057 exemplaires et le 1000 francs type « définitif » 1817 qu’à 549.998 exemplaires sur la même période[7].

Certains papiers-monnaies démonétisés sont parfois conservés en souvenir : c’est le cas de l’assignat vendéen de 1793, billet de l’armée royaliste catholique, qui décore la bicoque du vieux Fauchelevent. L’œuvre n’évoque pas davantage les assignats révolutionnaires tombés en désuétude.
CONCLUSION

A l’issue de cette étude, nous espérons avant tout avoir donné le goût de lire ou de relire les œuvres de Victor Hugo. Passionnants et d’une particulière richesse, ses ouvrages allient la maîtrise de la langue française, l’inspiration, le travail de recherche et d’innombrables informations enrichissant les connaissances du lecteur. Ses ouvrages peuvent se lire et se relire avec chaque fois un plaisir renouvelé. Un membre du Cercle Victor Hugo n’a-t-il pas déclaré qu’il n’avait pas relu Les Misérables depuis de nombreuses années, et que s’y étant récemment replongé, il avait pleuré.

Sur le plan numismatique, l’œuvre des Misérables s’avère particulièrement riche[12] puisque la quasi-totalité des monnaies de l’époque, de la un centime Dupré à la vingt francs or, sont citées et replacées dans leur contexte par l’auteur pour notre plus grand plaisir. Nous avons constaté que les informations à caractère monétaire contenues dans l’œuvre de Victor Hugo ne présentaient pas d’anomalie particulière mais étaient particulièrement riches et précises.

Non content de bien connaître l’époque qu’il met en scène, l’auteur s’est à l’évidence livré à des recherches historiques, la preuve nous en étant rapportée lorsqu’il cite, à propos des dépenses de Carnaval, les comptes de Louis XI qui allouaient au bailli du Palais « vingt sous tournois pour trois coches de mascarade (carnaval) ès carrefours ».Cette précision ne peut-elle pas être considérée comme un gage de sérieux des informations à caractère « technique » délivrées ?
Les informations monétaires et économiques paraissent cohérentes, et l’œuvre nous semble ainsi revêtir un indéniable intérêt historique en ce qu’elle nous révèle dans les détails le quotidien financier de l’époque.

Sur un plan monétaire, cette période post-révolutionnaire paraît confuse, avec des monnaies de la Révolution, de Bonaparte Premier Consul, de Napoléon 1er  Empereur,  Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe qui circulent concomitamment, sans compter les monnaies médiévales, de l’ancien régime et même les pièces romaines!

L’éventail monétaire apparaît incomplet. Il n’existe pas de monnaie entre la pièce de cinq francs argent et la pièce de vingt francs or ce qui contraint les gens à circuler avec de lourds rouleaux de pièces de cinq francs. L’idée de fabriquer des monnaies de dix francs or (la fameuse pistole) n’est pas encore apparue. Il en est de même pour la monnaie scripturale. Les billets, d’une valeur énorme, sont quasiment inutilisables dans les transactions quotidiennes.

On ne songe pas à émettre des billets inférieurs à cinq cents francs, ce qui serait pourtant très utile. Les premiers billets de cent francs n’apparaîtront qu’en 1848, les billets de cinquante francs en 1864, ceux de vingt-cinq francs en 1870, celui de vingt francs en 1871 et le billet de dix francs en 1915.

On constate que les pièces d’or circulent et alimentent les transactions, chose que nous ne connaissons pas. Des billets d’une valeur considérable existent. Tout ceci a disparu du quotidien monétaire des français depuis très longtemps.

On observe que le rapport or/argent était beaucoup plus resserré qu’il ne l’est de nos jours. Les découvertes minières du XIXème siècle bouleverseront cet équilibre fondamental. L’on constate qu’à l’époque, il était possible d’obtenir une pièce de vingt francs or avec quatre pièces d’argent de 25 grammes. Il en fallait vingt en 1970. On sait en effet que dans les années 1970, un napoléon se négociait en Bourse autour de 200 francs. Le rapport entre la pièce de 20 francs or et la pièce de 10 francs au type Hercule des années 1964-1973 était donc de un à vingt, contre un à quatre sous Louis-Philippe. A noter que le prix de l’or a à peu près baissé de moitié en un siècle et demi.

Sur un plan social, on réalise que la vie d’alors était terrible pour les petites gens qui pouvaient réellement mourir de faim[14]. En l’absence de protection collective, la charité était réellement le seul remède contre la misère. On mesure la précarité inhumaine dans laquelle les pauvres évoluaient en espérant glaner les quelques sous qui leur permettraient d’aller jusqu’au lendemain.

Peut-être contemplerons-nous désormais avec un œil différent les pièces au type Dupré de un centime, cinq centimes, un ou deux décimes de nos collections, qui étaient les liards et les sous des Misérables et vers lesquels les pauvres tendaient fébrilement la main.

Leur état d’usure très prononcé nous rappelle les innombrables petites mains dans lesquelles elles ont circulé. On pensera peut-être désormais au désespoir du petit savoyard lorsque l’on manipulera une pièce de deux francs de l’époque 1800-1830, et à l’extase de Gavroche face à la lueur du gros sou lorsqu’on aura en main une cinq francs de la même période.

Notre regard sur la banale pièce de cinq francs de Louis-Philippe pourra-t-il être le même lorsque l’on se souviendra  qu’avec seulement une pièce de ce type, il était possible à un étudiant nécessiteux de se loger pendant un mois et demi ?

On constate par ailleurs que bien que la loi du 17 germinal an XI (1803) ait instauré le franc germinal et ait substitué le système décimal au système duodécimal, les gens ont continué à compter en sous, en liards, en livres et en pistoles, et à utiliser ainsi, trente années après la réforme révolutionnaire, des appellations désuètes. Cette pratique a au demeurant très largement dépassé les années 1830[15].

Mais cela n’étonne guère lorsque l’on observe que quarante années après la réforme monétaire de 1959, nombre de français s’expriment toujours en « anciens francs ». C’est la preuve de l’étroitesse du rapport de l’homme à l’argent et du fait que les habitudes monétaires sont parmi les mieux ancrées.

 
Espérons qu’il ne faudra pas autant de temps pour oublier les francs et nous habituer à l’euro.

                                                                                                Mais ne dit-on pas que l’histoire est un éternel recommencement...

 

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II - LA VALEUR DE L’ARGENT ET DES CHOSES DANS LES ANNEES 1820-1832 AU TRAVERS DE L’ŒUVRE DES MISERABLES

Que pouvait-on acheter sous Charles X ou Louis-Philippe avec cinq centimes, un franc, deux francs, cinq francs, 20 francs or ou davantage ? L’œuvre de Victor Hugo nous donne de nombreux éléments de réponse.

La vie quotidienne 
La vie de Marius, obligé de gagner sa vie en effectuant des traductions, nous livre plusieurs éléments d’information: « à force de labeur, de courage, de persévérance et de volonté, il était parvenu à tirer de son travail environ sept cent francs par an. Il en vivait pas mal. Il occupait dans la masure Gorbeau, moyennant le prix annuel de trente francs, un taudis sans cheminée. Il donnait trois francs par mois à la vieille principale locataire pour qu’elle vînt balayer le taudis et lui apporter chaque matin un peu d’eau chaude, un œuf et un pain d’un sou. De ce pain et de cet œuf, il déjeunait. Son déjeuner variait de deux à quatre sous selon que les œufs étaient chers ou bon marché. A six heures du soir, il prenait un plat de viande de six sous, un demi plat de légumes de trois sous et un dessert de trois sous. Pour trois sous, du pain à discrétion. En payant au comptoir, il donnait un sou au garçon. La vieille encaissait et lui adressait un sourire. Pour seize sous, il avait eu un sourire et un dîner. Sa nourriture lui coûtait vingt sous par jour, ce qui faisait trois cent soixante cinq francs par an. Pour quatre cent cinquante francs, Marius était nourri, logé et servi. Son habillement lui coûtait cent francs, son linge cinquante, son blanchissage cinquante. Le tout ne dépassait pas six cent cinquante francs. Il lui restait cinquante francs. Il était riche. Il prêtait à l’occasion dix francs à un ami. ». 

Il était donc possible à l’époque de vivre misérablement avec un revenu d’une soixantaine de francs par mois, soit deux francs par jour.

Soixante francs de l’époque semblent ainsi comparables à environ 530 euros de nos jours (3.500 F), prix approximatif pour une sordide chambre de bonne (900 F mensuels), un déjeuner frugal et un seul repas quotidien (70 F par jour soit 2.100 F par mois), et de menues dépenses d’habillement et d’entretien (500 F par mois).

En ce cas, le rapport entre les francs de 1832 et les francs actuels serait ainsi approximativement de un à soixante. Toutefois, il est difficile de comparer les époques car les contraintes fiscales et sociales ne sont pas les mêmes et les charges modernes et le coût des services grevant le commerce alourdissent fortement les prix, le prix d’une chambre d’hôtel en 1832 et en 2002 n’englobant pas les mêmes charges.

Diverses études publiées notamment par l’INSEE nous donnent des informations nous permettant de comparer et reconstituer le pouvoir d’achat du franc au fil des époque. L’on sait ainsi qu’un franc de 1901 correspond à 18,64 F de 1994. On lit par ailleurs qu’un franc de 1803 valait 11,50 F en francs 1980[8].

Compte tenu du fait qu’un franc de 1980 correspond à 2,01 francs de 1994, on peut déduire qu’un franc de 1803 correspondrait à environ vingt-cinq francs 2002 (11,5 x 2.01 x l’inflation de 1994 à 2002), soit environ quatre euros. L’on note que le pouvoir d’achat du franc est resté stable de 1803 à 1860, ne s’érodant que de 11,50 F à 10 F en valeur 1980.

Sur la base d’un rapport de un à vingt-cinq, une pièce de cinq francs correspondrait à environ 125 francs actuels (environ 20 euros). Un louis d’or de vingt francs correspondrait à 500 francs actuels (environ 75 euros).

Une pièce de un sou de cinq centimes représenterait à peu près 1 franc de 2001 (15 centimes d’euros). Un centime de 1832 correspondrait à 25 centimes de nos jours (4 centimes d’euros).

La pièce de quarante sous (2 francs) volée vers 1820 par Jean Valjean au petit savoyard correspondrait à une somme d’environ cinquante francs actuels (environ 7 euros) avec laquelle il était possible de subsister plusieurs jours. On comprend mieux la détresse du petit savoyard, deux sous permettant d’acheter un bon morceau de pain.

Les pensions et les rentes

L’examen du montant des pensions permet d’avoir une idée du montant qui était nécessaire pour l’entretien d’une personne déterminée.

L’amant de Fantine et père de Cosette, Tholomyès, « l’antique étudiant vieux », était qualifié de « riche » avec « quatre mille francs de rente », soit un équivalent de 10.000 F mensuels (1.500 euros).

L’on sait que le grand-père de Marius était disposé à lui adresser semestriellement la somme de soixante pistoles, soit 1.200 F annuels, soit 100 francs par mois, ce qui correspondrait à 2.500 F de nos jours.

Une rente de 1.200 livres annuels était jugée totalement insuffisante pour un couple ainsi que le lance M. Gillenormand à Marius qui lui demande la main de Cosette: « C’est cela. Vingt et un ans, pas d’état, douze cent livres de rente par an, Madame la baronne Pontmercy (Cosette) ira acheter deux sous de persil chez la fruitière ».

La pension qu’il versait à la Magnon pour les deux enfants bâtards qu’il avait eu d’elle, révèle la différence de traitement financier entre enfants légitimes et adultérins : « les enfants (de la Magnon) étaient précieux à leur mère. Ils représentaient quatre vingt francs par mois. Les quatre-vingt francs étaient fort exactement soldés au nom de Monsieur Gillenormand par son receveur des rentes, Monsieur Barge, huissier retiré rue du roi de Sicile. Les enfants morts, la rente était enterrée. La Magnon chercha un expédient. Il lui fallait deux enfants. La Thénardier en avait deux. Les petits Thénardier devinrent les petits Magnon ». Les quatre-vingt francs mensuels représentent un coût de l’ordre de 300 euros en équivalent actuel, soit 150 euros par enfant, un tel montant étant couramment fixé de nos jours par les juges aux affaires familiales. 

Cette somme était une aubaine appréciable pour la Magnon. L’on sait en effet que les Thénardier exigeaient de Fantine pour l’entretien de Cosette, sept francs, puis douze, puis quinze francs mensuels.

Le grand-père Gillenormand disposait pour sa part d’un revenu de 15.000 livres annuels, soit  375.000 francs actuels (57.000 euros).

Les revenus

Le salaire des gens de maison
Le personnel de maison féminin qualifié pouvait gagner de trente à cinquante francs par mois, soit un franc (vingt sous) à un franc cinquante (trente sous) par jour : « un jour, une fière cuisinière, cordon bleu de haute race de concierges, se présenta. Combien voulez- vous gagner de gages par mois ? lui demanda Monsieur Gillenormand. Trente francs. Comment vous appelez-vous ? Olympie. Tu auras cinquante francs et tu t’appelleras Nicolette».  Les gages variaient donc de 750 F à 1.250 F par mois en équivalent actuel (114 à 190 euros).

Les revenus d’un manœuvre
Lorsque Jean Valjean arrive à Grasse après avoir été libéré du bagne de Toulon, il aide à décharger des marchandises. Il indiquera par la suite : « depuis quatre jours je n’ai dépensé que vingt cinq sous que j’ai gagnés en aidant à décharger des voitures ». 

Un porteur d’eau pouvait gagner environ huit sous par jour, soit environ dix francs en valeur actuelle (1,5 euro) [9]. A un liard le seau, il devait en apporter quarante.

Le salaire des couturières
Après que Fantine ait perdu son emploi à la fabrique, « elle se mit à coudre de grosses chemises pour les soldats de la garnison et gagnait douze sous par jour (60 centimes)», soit 15 F quotidiens (2,30 euros)  en valeur actuelle.   

Les revenus d’un pigiste
Marius gagnait sept cent francs par an à faire ponctuellement des traductions, soit une moyenne de 2,25 F de l’époque par jour en tenant compte d’un jour de repos hebdomadaire (environ 56 F actuels ou 8,60 euros). Cela représentait une rémunération lui permettant de ne vivre que très pauvrement. On frémit en pensant à la vie de Fantine avec ses douze sous ou au porteur d’eau avec ses huit sous. On apprend par la suite « qu’un des libraires pour lesquels il travaillait lui avait offert de le prendre chez lui, de le bien loger, de lui fournir un travail régulier et de lui donner mille cinq cent francs l’an (37.500 F annuels soit 3.125 F mensuels –476 euros- nourri et logé) » .

Le traitement des hommes d’Eglise
Selon le récit, l’évêque de Digne percevait en 1815 un traitement annuel de quinze mille francs auquel s’ajoutait une indemnité pour frais de carrosse, de poste et de tournées pastorales de trois mille francs supplémentaires, soit au total dix huit mille francs annuels (450.000 F ou 68.600 euros). Cela pourrait correspondre en valeur actuelle à un revenu mensuel de l’ordre de 37.500 francs (5.716 euros). Un revenu supplémentaire lié à des évènements exceptionnels, appelé casuel, est évoqué et pouvait accroître de dix mille livres les revenus de l’évêque. 

Les revenus du capitalisme 
Jean Valjean, devenu un riche industriel de Montreuil sur Mer, a pu se constituer un capital de six cent mille francs. Avant qu’il n’ait perdu son entreprise, il avait pu déclarer : « dans dix ans, j’aurai gagné dix millions ». La seule somme de 600.000 francs pourrait correspondre à quinze millions de francs en valeur actuelle (2 ,30 millions d’euros) ce qui est considérable. Les années de cavale ont peu entamé ce capital puisqu’il reste au jour du mariage, 584.000 francs pour la dot de Cosette. 

L’hôtellerie
Un voyageur passant la nuit dans une auberge pouvait obtenir une chambre minable pour vingt sous (un franc), ainsi que le confirme le roulier, et un souper pour six sous (trente centimes), soit au total un franc trente.  Le « chef d’œuvre » de Thénardier cherchant à soutirer un maximum d’argent à Jean Valjean en établissant « après un bon quart d’heure et quelques ratures » une carte à vingt-trois francs, c’est à dire les gages mensuels d’une femme de chambre, ne correspond évidemment pas à des prix normaux. La mère Thénardier le confirme : « vingt-trois francs ! s’écria la femme avec un enthousiasme mêlé de quelque hésitation…C’est juste mais trop (!). Il ne voudra pas payer». Réponse de l’homme : « Il paiera, je dois bien mille cinq cent francs moi ». 

En équivalent actuel, sur la base d’un rapport de un à vingt-cinq, le prix de la chambre était de l’ordre de vingt-cinq francs (3,80 €), et celui du souper de 7,50 francs (1,14 €).

Les services
La conversation entre Javert et le chauffeur du fiacre nous renseigne sur le tarif horaire des cochers, la dégradation du velours des banquettes par la sang de Marius introduisant cependant un élément d’incertitude : « Combien te faut-il, y compris ta station et la course ? Il y a sept heures et quart, Monsieur l’Inspecteur, répondit le cocher, et mon velours était tout neuf. Quatre-vingt francs Monsieur l’Inspecteur. Javert tira de sa poche quatre napoléons et congédia le fiacre ».  

Marius désirant prendre un fiacre pour suivre Cosette se verra réclamer un acompte de quarante sous par le cocher (deux francs de l’époque, soit environ quatre vingt francs actuels). Plus loin, il est mentionné un tarif de trois à quatre sous par lieue.

Lorsque Monsieur Madeleine demande à louer un cabriolet pour gagner Arras afin d’assister au procès de Champmathieu, le garagiste lui lance : « Il me faudra trente francs par jour. Pas un liard de moins ! Monsieur Madeleine tira trois napoléons de sa bourse et les mit sur la table ».   

Il fallait s’acquitter d’un péage de un sou, soit 1,25 F actuels (0,20 euros)  pour franchir le pont d’Austerlitz sur la Seine à Paris : « c’est deux sous, dit (à Jean Valjean qui portait Cosette) l’invalide du pont. Vous portez là un enfant qui peut marcher. Payez pour deux ! » .

Le mobilier  
Le livre de Victor Hugo fournit une indication sur le prix des meubles de valeur : « l’ambition de Mlle Baptistine eût été de pouvoir acheter un meuble de salon en velours d’Utrecht  jaune à rosaces et en acajou à cou de cygne avec canapé. Mais cela eût coûté au moins cinq cent francs et, ayant vu qu’elle n’avait réussi à économiser que quarante deux francs et dix sous en cinq ans, elle avait fini par y renoncer ». Le meuble en acajou avec canapé correspondrait à 12.500 F actuels (1.900 euros).

Les vêtements
Marius a cédé son vieux costume, appelé « défroque »,  pour vingt francs, soit environ 500 francs actuels (76 euros).

L’horlogerie
Marius cède sa montre pour la somme de 45 francs, soit environ 1.125 francs actuels (170 euros).

Les travaux publics
L’œuvre des Misérables contient des développements extraordinairement précis sur les égouts de Paris, boyaux souterrains dans lesquels Jean Valjean va se livrer à une extraordinaire équipée en transportant Marius agonisant sur les épaules. L’on apprend les renseignements suivants : « à deux cent francs le mètre, les soixante lieues d’égout du Paris actuel représentent quarante huit millions de francs. L’ancienne architecture, hautaine et royale jusque dans l’égout, avec radier et assises courantes en granit et mortier de chaux grasse, coûtait huit cent livres la toise ». 

Les jouets
La splendide poupée qu’offre Jean Valjean à la petite Cosette, merveilleux jouet devant lequel s’extasiaient depuis le matin tous les marmots du village, coûte trente francs, une fortune pour l’époque, environ 750 francs (114 euros) en valeur actuelle. Cet achat exacerbe l’avidité de Thénardier : « Pas de bêtises. A plat ventre devant l’homme ! ».

Le corps humain
La malheureuse Fantine vendra ses cheveux pour dix francs et ses deux incisives pour vingt francs pièce, soit environ 500 francs actuels l’unité (76 euros).

Le bagne
La qualité de Jean Valjean, ancien forçat du bagne de Toulon, nous permet de glaner des informations sur l’argent dans le milieu carcéral de l’époque.

Le personnage de Jean Valjean nous donne tout d’abord une indication sur le montant du pécule de sortie d’un forçat: « J’ai de l’argent. Ma masse. Cent neuf francs quinze sous que j’ai gagnés au bagne par mon travail en vingt neuf ans ».

Puis l’on découvre avec étonnement l’habileté des Benvenuto Cellini du bagne, qui arrivaient à truquer des grosses pièces de cinq centimes ainsi qu’il suit: « Le malheureux qui aspire à la délivrance trouve moyen, quelquefois sans outils, avec un eustache ou un vieux couteau, de scier un sou en deux lames minces, de creuser ces deux lames sans toucher aux empreintes monétaires et de pratiquer un pas de vis sur la tranche du sou de manière à faire adhérer les lames de nouveau. Cela se visse et se dévisse à volonté. C’est une boîte. Dans cette boîte, on cache un ressort de montre et ce ressort, bien manié, coupe des manilles de calibre et des barreaux de fer. On croit que ce malheureux forçat ne possède qu’un sou. Point. Il possède la liberté….On découvrit également une petite scie en acier bleu qui pouvait se cacher dans le gros sou».

On apprend également qu’à la prison de la Force, l’ail coûtait soixante cinq centimes (!) et un cigare cinq centimes. L’on se demande si ce ne serait pas plutôt l’inverse. Javert, avant de mourir, dénoncera « les détenus dits aboyeurs qui appellent les autres détenus au parloir et se font payer deux sous par le prisonnier pour crier son nom distinctement. C’est un vol ! ».

Les véhicules
On pouvait à l’époque acheter un cabriolet pour cinq cent francs : « A combien estimez-vous cabriolet et cheval ? A cinq cent francs, Monsieur le Maire. Les voici ! Monsieur Madeleine posa un billet de banque sur la table ». L’ensemble coûtait donc environ 12.500 francs en valeur actuelle (1.900 euros).

Il est indiqué que la construction d’un navire de ligne coûtait deux millions de francs, soit environ cinquante millions de francs actuels (7,62 millions d’euros).

  
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